Des écorces récupérées pour le réfection des masques du quai Branly

Visuel : Structure paysagère schéma général Quand urbanisation rime avec art


L’aménagement de Dumbéa sur mer bat son plein. Afin de faire rimer le projet avec environnement, la Secal a mis en place tout un programme de réhabilitation d’une partie de la mangrove, déplacée pour la construction d’un rond-point. Une opération qui a fortement intéressé… le musée du Quai Branly.

« C’est une démarche qui nous a surpris et qui, je dirais, a permis de faire rimer urbanisation non seulement avec environnement, mais aussi avec culture, résume Étienne Vélut, chef de secteur à la Secal. En début d’année, nous avons du déplacer une partie de la mangrove de Dumbéa sur mer pour installer un rond-point d’accès au site. Quelques palétuviers (six en tout) ont malheureusement dû être sacrifiés, mais nous avons trouvé un partenaire inattendu avec le musée. Ce dernier avait besoin des écorces pour teindre des masques kanak, selon les anciennes traditions. » Une opération qui a été menée conjointement avec le centre culturel Tjibaou, mandaté par son cousin parisien pour l’occasion, et surtout la Fondation BNP Paribas dans le cadre de son programme « BNP Paribas pour l’Art ».


Cette dernière apporte sa contribution financière à la restauration des fameux masques, une collection de renommée mondiale avec des « masques rares et impressionnants qui ont été l’objet de nombreuses études par les ethnologues français. La restauration de ces masques est un préalable nécessaire à leur présentation sur le plateau des collections permanentes du musée où un espace est consacré à la culture kanak. Quant à leur présentation complète, elle sera rendue possible en 2013-2014 à l'occasion de l’exposition en préparation avec la Nouvelle-Calédonie, dont ces masques constitueront des pièces majeures », explique la Fondation. En octobre, Marie-Claude Tjibaou en personne a procédé à la récolte des écorces tant convoitées. « C’était pour cette opération un véritable aboutissement, estime ÉtienneVélut. Car, pour nous, l’aventure sur cette mangrove avait commencé quelques mois auparavant. »

Opération replantationVisuel : Opération replantation

En début d’année, la Secal s’est attaché les conseils de Jacky Mermoud, ancien ingénieur chez Météo-France, qui s’est reconverti depuis dans la sauvegarde et la plantation des mangroves, au sein de sa société MANG SARL, intervenante dans le projet à titre d’expert. En théorie, l’équation apparaît d’une simplicité extrême. Mais, en pratique, il a fallu plusieurs mois à la Secal, opérateur du projet de Dumbéa sur mer pour la province Sud, pour finaliser les travaux du rond-point de la Zac Panda qui empiète sur 1 000 m² de mangrove. « La composante environnementale du projet est très forte, explique ÉtienneVélut. C’est pourquoi il était primordial d’obtenir plusieurs autorisations avant de se lancer. Nous ne pouvions pas porter atteinte à l’écosystème sans mesure compensatoire. » En février, et après plusieurs études d’impact, la Secal, en concertation avec la direction de l’Environnement, identifie une zone de 2 000 m2située en contre bas du lotissement Pointe à la Dorade. Cette zone était particulièrement détériorée, propice à la replantation de mangrove et d’un accès facile.
Quelques 2000 plants de palétuviers juvéniles (deux à trois ans d’âge) ont ainsi été transplantés sur le site, avec un taux de survie estimé à 70 %.Pour les besoins du futur enrochement du giratoire, côté mer, une centaine de juvéniles ont été mis de côté en pépinière en vue de leur replantation ultérieure.

Gagnant-gagnant


« Finalement, d’une opération qui pouvait fortement porter atteinte à l’environnement, nous nous retrouvons à la sortie avec la replantation d’une surface de mangrove qui a doublé, avec la participation des coutumiers, et des retombées inattendues, se félicite Étienne Vélut. C’est une opération dont tout le monde sort gagnant-gagnant et on peut parler ici d’une spirale vertueuse. Toutes les compétences se rejoignent. »

Corridors écologiques

Depuis cinq ans, la Secal s’efforce de tenir la promesse environnementale de l’aménagement de la zone. On parle ici d’ « exemplarité dans le projet », avec notamment une première campagne de replantation de la forêt sèche. « La particularité du site est qu’il situe la zone d’agglomération entre deux zones de forêt sèche abritant des espèces endémiques. L’objectif, aujourd’hui, est donc de privilégier dans tous les espaces verts des plantations d’espèces locales pour créer des corridors écologiques à travers la zone d’urbanisation.» Les particuliers seront aussi fortement incités à être partie prenante du projet en plantant dans leur jardin des espèces majoritairement endémiques. Début 2011, avec le concours du WWF et du Programme Forêt Sèche, la Secal a lancé des opérations de replantation, mais aussi de destruction des plantes envahissantes sur les sites concernés. Depuis plusieurs années, des pépinières travaillent également à la préservation des espèces endémiques. Cela permettra au projet de disposer de nouveaux plants le moment venu.

 

Publié le Thursday 19 January 2012